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La frontière de l'est de l'Europe : les cités du Nistre

par Ioan Popa

 

 

„Les seigneurs de Moldavie ont édifié une série de forteresses sur les bords du Nistre, orientées vers l'Orient : en particulier "Hotin la Cité Blanche", ce bastion défendait la frontière du nouvel état chrétien contre les nomades venant des steppes. Peuple de la frontière, les roumains … sont entrés dans l'histoire moderne avec une splendide, mais destructive mission : "défendre la civilisation et la chrétienté latino-occidentale contre les menaces turco-slave”. (Mircea Eliade, „Românii, latinii Orientului”)

Le Nistre a été et continue d'être considéré par les historiens comme la frontière géographique (naturelle) de l'Est de l'Europe, alors que la frontière politique du vieux continent est arrivée pas à pas jusqu'à l'Oural.

La chaîne des cités de défense contruites depuis des temps immémoriaux sur les bords du Nistre en constitue un argument essentiel.

La Cité Blanche "Cetatea Albă".
 

Située à l'embouchure du Nistre qui se verse dans la Mer Noire, cette position lui confère une importance stratégique évidente, Cetatea Albă a été atestée, tant d'un point de vue historique que géographique, depuis l'antiquité, et tout d'abord, comme une position construite par les grecs de Milet, et s'appelait "Tyras", d'après le nom antique du fleuve (- VI à I de notre ère), puis comme une position romaine (I - IV de notre ère). Des sources médiévales la mentionne, toutes sans exception avec comme dénomination "Albi Castri", "Citta Alba", "Belgorod", "Ackerman " etc., toutes se référant au syntagme „cité blanche”.

A la fin du XIV-ème siècle, Cetatea Albă est entrée sous la tutelle des moldaves, prenant une grande importance sous le règne de " Alexandru cel Bun (1400-1432)" et, surtout, de celui de " Ştefan cel Mare (1457-1504)", en tant que forteresse de défense contre les turcs. Cetatea Albă est considérée, comme celle de Chilia (située à l'embouchure du Delta du Danube), comme „la porte de la chrétienté”, „la clé de tout le Pays Moldave, de la Hongrie et des pays du Danube” ou „le poumon de la Moldavie”, et son rôle stratégique considérable de blocage de l'expansion ottomane a été relaté par le sultan Mehmed II- dans des chroniques de 1462. Après de nombreuses tentatives infructueuses, toutefois le 30 juillet 1484, une importante armée turco-tatare conduite par le sultan Bayezid II- a assiégé Cetatea Albă, qui est finalement tombée sous leur domination le 5 août de la même année.

Tighina (Bender).
 

Selon les hypothèses des historiens, la fortification de Tighina, située dans un coude du Nistre, a été initialement une construction génoise, d'autres estiment qu'elle a été contruite par des lithuaniens. Les recherches archéologiques la mentionne plus tard comme une place moldave, édifiée de terre et de bois. Dans un document daté de 1408, qui condirme les privilèges accordés aux commerçants de Lvov par la Prince " Alexandru cel Bun", Tighina est attestée comme une douane moldave située sur l'une des routes commerciales trans-européenne liant la Mer Baltique et la Mer Noire.

Après l'expédition du sultan "Soliman Magnificul (1538)", Tighina est entrèe sous la tutelle de la Porte Ottomane, étant alors consolidée pour devenir une forteresse en pierre. Les turcs ont changé son nom en Bender et l'ont modifié pour en faire un avant poste ottoman au bord du Nistre, installant une garnison militaire importante, avec comme mission stratégique de stopper les attaques en provenance de l'est des cosaques.

A la suite de la défaite subie dans sa lutte avec l'armée russe du Tsar Pierre Ier à Poltava (27 juin 1709), le roi de Suède Carol XII- s'est réfugié à Tighina, sous la protection des turcs, où il est resté jusqu'au printemps de l'année 1713.

Soroca. (article sur la forteresse)
 

Elevée sur le bord droit du Nistre, la cité de pierre de Soroca est mentionnée par une tradition historique comme une forteresse génoise, en lieu et place d'une colonie grècque. A la fin du VI-ème siècle, la cité de Soroca apparaît comme comme un point de résistance contre les incursions et les exactions des tatares. La cité a joué un rôle important sous le règne de Ştefan cel Mare et, après, sous celui de Petru Rareş (1527-1538, et respectivement 1541-1546).

Hotin.
 

Située dans une boucle du Nistre, là ou passait une ramification de la route trans-européenne qui reliait l'Allemagne et la Pologne aux bords de la Mer Noire et du Danube, la cité de Hotin ferme au nord la chaîne des fortifications moldaves placées sur les rives de ce fleuve.

Dès le début de son règne, Alexandru cel Bun a fait de Hotin une douane entre la Moldavie et la Pologne, ceci étant mentionné dans un document accordant des privilèges aux commerçants de Lvov en 1408.

De nombreux documents et chroniques de l'époque, la décrive comme une belle et puissante cité, située sur une hauteur, d'où se jettent les flux du Nistre descendant des Monts des Carpates.

Suite à la guerre russo-turque de 1806-1812, La Porte Ottomane a cédé à l'Empire Tsariste le territoire de la Moldavie entre le "Prut" et le "Nistru", territoire appelé ultérieurement Bessarabie. En même temps du fait de l'extension de l'occupation russe à l'est du Nistre, les cités de Hotin, Soroca, Tighina (Bender) et Cetatea Albă sont entrèes sous la domination russe. De 1856 jusqu'en 1878, le sud de la Bessarabie, incluant Cetatea Albă, fait partie de la Moldavie et aussi des Principautés Unies (Ţara Românească şi Moldova), étant par la suite de nouveau annexée par le régime impérial tsariste.

Dans les années 1918-1940 et 1941-1944, les cités et localités du Nistre ont été sous administration roumaine.

Aujourd'hui, les cités de Soroca şi Tighina (Bender) se situent sur le territoire de la République de Moldavie (la dernière étant sous administration du régime séparatiste transnistrien), et Hotin et Cetatea Albă (Belgorod-Dnestrovskii) sont désormais sur le territoire Ukrainien.